
Dans un entretien diffusé le mardi 8 juillet 2025 sur TV5 Monde, Maître Guy Loando Mboyo, Ministre d’État en charge de l’Aménagement du Territoire, a dévoilé avec les contours d’une réforme territoriale qui se veut historique pour la République Démocratique du Congo. Loin d’une simple mise à jour administrative, c’est une véritable refondation de l’espace congolais qui est en marche, avec pour credo que «L’Aménagement du Territoire est désormais un levier de paix, pas une option ». Une affirmation qui résonne comme un engagement solennel, qui marque la fin d’une ère d’improvisation pour laisser place à une planification rigoureuse.
L’autorité de l’État : un principe non négociable
Face aux interrogations de TV5 Monde sur la capacité à repenser la cartographie d’un pays confronté à des instabilités régionales, notamment à l’Est, le Ministre Loando Mboyo a balayé d’emblée toute perception d’un territoire échappant à l’emprise de l’État. «Non, aucune partie du territoire national n’échappe à l’autorité de l’État », a-t-il martelé, soulignant l’engagement du Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo à exercer cette autorité sur l’ensemble du territoire.
Cette réforme profonde, née d’un état des lieux sans concession des outils de planification obsolètes, s’inscrit précisément dans cette volonté de réaffirmer la souveraineté territoriale par l’ordre et la cohérence.
Planifier l’avenir, même en temps de crise
La question de la planification dans des régions en proie aux conflits, à l’image du Nord-Kivu, a été abordée avec une conviction inébranlable par le Ministre. « Absolument », a-t-il rétorqué, insistant sur le caractère inclusif de la nouvelle loi sur l’aménagement du territoire. Désormais, chaque entité administrative, qu’il s’agisse du Nord-Kivu, du Kwilu ou du Haut-Uélé, est astreinte à l’élaboration de son Plan Provincial d’Aménagement du Territoire (PPAT). Une directive formelle, adressée aux gouverneurs par le Vice-Premier Ministre de l’Intérieur – une première depuis 1957 – vient souligner l’urgence et la centralité de cette démarche. Pour Maître Loando Mboyo, « nous refusons que l’insécurité serve de prétexte à l’inaction », notant la détermination du gouvernement à transformer l’ensemble du territoire congolais.
Kinshasa : de la mégalopole chaotique à la ville planifiée
La situation de Kinshasa, érigée en « symbole du désordre urbanistique« , a été au cœur des échanges. La capitale, initialement conçue pour 45 000 habitants, frôle aujourd’hui les 20 millions, engendrant une urbanisation désordonnée et une pression insoutenable sur les infrastructures. La vision du Ministre d’État est claire : une extension planifiée vers l’Est, exploitant les 70 % du territoire kinois encore sous-exploités, couplée à l’extension d’instruments normatifs tels que le Schéma d’Orientation Stratégique de l’Agglomération Kinoise . Ce cadre, déjà expérimenté dans la zone nord, sera désormais appliqué à l’ensemble de la capitale, traçant la voie vers une métropole plus ordonnée et fonctionnelle.
Les leçons amères des catastrophes naturelles : rompre avec l’urbanisme chaotique
Les tragiques inondations d’avril dernier à Kinshasa, bien que douloureuses, ont été perçues comme un révélateur. Si les sinistrés ont été relogés avec humanité, le Ministre n’a pas hésité à pointer du doigt la cause profonde de ces drames : un urbanisme anarchique. Des zones non aedificandi, où les constructions défient les normes, en sont la triste illustration. « Nous devons rompre avec cette logique d’appropriation spontanée des espaces », a-t-il déclaré, relevant les dangers, injustices et insécurités inhérents à de telles pratiques. C’est une invitation pressante à une remise en question collective du rapport des Congolais à leur espace.
La nouvelle loi : une rupture fondamentale pour la justice spatiale
La nouvelle loi sur l’aménagement du territoire se présente comme la pièce maîtresse de cette réforme, une véritable colonne vertébrale. Elle introduit des mécanismes contraignants, des sanctions contre les occupations illégales et des obligations de planification à tous les échelons – local, provincial et national. Surtout, elle consacre le principe fondamental de la justice spatiale. Une innovation majeure réside dans l’obligation de réaliser une Étude Environnementale Stratégique avant tout projet structurant. Pour Maître Loando Mboyo, la maxime est limpide : « bâtir sans planifier, c’est construire sur du sable. Mais bâtir en tenant compte du climat, c’est construire pour l’avenir ».
Une architecture institutionnelle robuste au service de la planification
Pour accompagner cette ambition, le Ministère a mis en place une architecture institutionnelle solide. Le Schéma National d’Aménagement du Territoire (SNAT) en est le pilier. L’Observatoire National d’Aménagement du Territoire (ONAT), quant à lui, opère comme un véritable laboratoire d’intelligence territoriale, produisant des données fiables pour éclairer les politiques publiques. À cela s’ajoute la Carte noire des ressources, un outil stratégique recensant les potentialités économiques, environnementales et humaines de chaque espace. C’est cette vision, fondée sur l’évidence et la responsabilité, qui marque la rupture définitive avec l’ère de l’improvisation.
Un projet de société : le territoire au service de la paix et du développement
En conclusion de cet échange instructif, le Ministre d’État Guy Loando Mboyo a réaffirmé la finalité ultime de cette réforme : « Offrir aux Congolais un territoire planifié, sécurisé, et juste ». Bien au-delà des aspects techniques, cette réforme porte en elle un véritable projet de société.
Un territoire mieux organisé est la pierre angulaire d’une société plus stable, plus équitable et plus résiliente. C’est cette ambition grandiose que le Ministre d’État et son équipe s’emploient à bâtir, pas à pas, pour un Congo en paix avec son espace.
✍️Mandela LONGA




