
Dans sa tribune, le journaliste et expert en communication stratégique Mandela LONGA revient sur l’une des prouesses du Ministre des Finances Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi avec des détails fracassants sur la première émission de l’Eurobond par la RDC.
Ci-dessous sa tribune :
Certaines dates restent gravées dans les archives. D’autres marquent un véritable tournant dans l’histoire d’un pays.
Le 9 avril 2026 pourrait bien appartenir à cette seconde catégorie.
Ce jour-là, la République démocratique du Congo a franchi une étape inédite en accédant au marché international des capitaux. Sous l’impulsion du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, et sous la conduite du Ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, la RDC a réalisé sa première émission souveraine d’Eurobond, mobilisant 1,25 milliard de dollars américains.
Au-delà du montant, cette opération revêt une portée symbolique de premier rang: pour la première fois, la signature financière de la RDC s’est adressée directement à l’épargne internationale, et les investisseurs ont répondu présents.
La demande a dépassé les 5 milliards de dollars, soit près de quatre fois le montant recherché.
Il ne s’agit donc pas d’une simple opération financière.
C’est un véritable changement de statut.
Pendant longtemps, la RDC a considéré les marchés internationaux comme un espace réservé aux économies déjà bien établies parmi les principaux émetteurs africains. Elle y fait désormais son entrée.
La RDC ne se limite plus à solliciter les bailleurs traditionnels. Elle accède désormais aux marchés internationaux de capitaux.
L’Eurobond, un instrument au service de l’accélération économique
L’Eurobond n’est pas une innovation congolaise. Depuis plusieurs années, plusieurs économies africaines y ont recours pour diversifier leurs sources de financement et soutenir leurs investissements.
L’Angola en offre une illustration significative.
En 2018, Luanda a levé 3,5 milliards de dollars sur les marchés internationaux au moyen d’Eurobonds, dans le cadre de la diversification de ses sources de financement. Le Fonds monétaire international avait alors relevé que cette émission faisait partie des instruments mobilisés par l’État angolais pour répondre à ses besoins de financement.
L’expérience africaine met en lumière une réalité simple : les grandes économies ne financent pas leur transformation à partir d’une seule source.
Elles combinent recettes publiques, financement domestique, partenariats privés, concours des institutions financières internationales et recours aux marchés internationaux.
Pourquoi ?
Parce qu’une économie ambitieuse a besoin de ressources financières à la hauteur de ses objectifs.
L’Afrique doit construire des infrastructures routières, accroître sa production d’électricité, moderniser ses ports et ses aéroports, développer ses réseaux de transport, industrialiser ses territoires et renforcer l’intégration de ses marchés.
Or, les ressources budgétaires ordinaires ne suffisent pas toujours à financer toutes ces priorités en même temps.
C’est dans ce contexte que les marchés de capitaux prennent toute leur importance.
Pour la RDC, l’emprunt doit se traduire par des investissements
La portée de cet Eurobond ne tient donc pas seulement aux 1,25 milliard de dollars mobilisés.
Elle se mesure surtout aux réalisations que ces ressources doivent permettre de financer.
Le Gouvernement a annoncé que les fonds seraient affectés à des projets structurants, notamment à la relance du barrage de Grand Katende, un chantier appelé à renforcer l’offre énergétique dans le Grand Kasaï. Le Ministre des Finances a également souligné la nécessité de mettre en place un mécanisme de gouvernance garantissant que les fonds soient utilisés conformément aux projets retenus.
Telle est la vocation fondamentale de l’Eurobond congolais :
transformer la dette en actifs, les actifs en capacités de production, la production en croissance et la croissance en prospérité.
Une centrale électrique ne se résume pas à du béton et de l’acier.
Elle permet à une usine d’accroître sa production.
À un entrepreneur de développer son activité.
À un jeune d’accéder à un emploi.
À une région de mieux se connecter au reste du pays.
À l’économie nationale de générer des recettes supplémentaires.
C’est ainsi qu’une dette peut devenir un investissement productif.
Doudou Fwamba et l’enjeu de la crédibilité
Il serait toutefois inexact de présenter l’Eurobond comme une ressource sans contrepartie.
Une obligation internationale reste une dette. Elle exige donc de la discipline, de la transparence, de la rigueur budgétaire et une réelle capacité de remboursement.
C’est précisément ce qui fait de cette opération un enjeu majeur pour le Ministre Doudou Fwamba.
Accéder au marché constitue une étape importante. Préserver sa crédibilité dans la durée sera la véritable performance.
Les investisseurs internationaux ne prêtent pas uniquement des capitaux. Ils accordent aussi leur confiance à une signature souveraine.
La forte demande enregistrée lors de cette première émission constitue, à cet égard, un signal important : la signature congolaise a suscité l’intérêt des marchés. Le FMI lui-même a salué le succès de cette émission inaugurale.
Il appartient désormais au Gouvernement de transformer cette confiance en résultats concrets.
La RDC change de dimension
L’histoire économique d’une nation ne se mesure pas uniquement à son PIB ou au volume de ses exportations.
Elle se mesure aussi à sa capacité à mobiliser les instruments financiers nécessaires à son développement.
L’Angola l’a fait.
Le Nigeria l’a fait.
Le Ghana, la Côte d’Ivoire et plusieurs autres économies africaines ont également utilisé les marchés internationaux comme leviers de financement. Depuis plusieurs années, la Banque africaine de développement identifie les Eurobonds parmi les mécanismes permettant à plusieurs États africains d’élargir leur accès aux capitaux.
Aujourd’hui, la RDC rejoint cette dynamique.
Et cette entrée porte un nom : Eurobond.
Elle porte également un visage : Doudou Fwamba, Ministre des Finances et acteur institutionnel majeur de cette opération, aux côtés de l’ensemble des équipes gouvernementales et techniques mobilisées.
Mais elle implique surtout une responsabilité historique.
Car le monde vient d’accorder sa confiance financière à la RDC.
Il revient désormais au pays de démontrer qu’il sait transformer cette confiance en développement.
Que les milliards levés deviennent des mégawatts.
Que les mégawatts soutiennent la production.
Que la production génère des emplois.
Que les emplois créent des revenus.
Et que ces revenus contribuent à une croissance durable.
C’est ainsi que le premier Eurobond congolais cessera d’être une simple opération financière pour devenir ce qu’il doit véritablement être :
le premier chapitre d’une nouvelle histoire économique de la RDC.
Une histoire dans laquelle la République démocratique du Congo ne se contente plus de disposer de richesses.
Elle apprend désormais à mobiliser les capitaux internationaux pour les convertir en puissance économique.
C’est peut-être là, au fond, le véritable message du 9 avril 2026 :
la RDC n’est plus seulement une promesse pour demain. Elle commence à devenir une économie capable de financer elle-même ses ambitions.
✍️Mandela LONGA, Journaliste/Expert en Communication stratégique




